L’huile d’olive de Palestine, une arme de paix contre le blocus

Producteurs huile en Palestine Basila et Mahmoud. Francine Bajande

Producteurs huile en Palestine Basila et Mahmoud. Francine Bajande

Invités par la Scop française Andines, qui diffuse leurs produits, deux oléiculteurs palestiniens témoignent des perspectives (écologiques, sociales, économiques) offertes par le commerce équitable. Récit d’une filière fragile qui insuffle un espoir.

Un ciel capricieux laisse filtrer quelques rayons à travers les baies vitrées de l’établissement. Attablés au café Monde et Médias, écrin de lumière encerclé par la place de la République à Paris, Mahmoud et Basila ont les traits tirés, ravivés par un commun entrain. Trois mille kilomètres séparent ces producteurs palestiniens d’huile d’olive Zeitouna (1) de leurs terres sèches et vallonnées. Après une semaine marathon, rythmée par les projections-débats, occasions pour ces protagonistes d’affranchir le public francilien sur la filière équitable de l’oléiculture locale, les voilà immergés dans la capitale, dont ils goûtent alternativement le tumulte et la quiétude.

Mahmoud Al Qadi, cinquantenaire au visage lisse et bruni par le soleil, préside la coopérative agricole de Bani Zeid, village de 6 000 âmes situé en lisière de Ramallah. « Les difficultés des fermiers palestiniens ne sont pas si différentes de celles que rencontrent les autres fermiers dans le monde », assure d’un ton solennel l’homme, marié et père de cinq enfants. Avant de préciser en un éclair, égal et pédagogue dans sa veste sombre : « Les outils manquent sur place ou sont inabordables, certains terrains ne sont pas accessibles à pied et il faut composer avec la nature aride des sols ; enfin, la commercialisation de notre huile pâtit de l’augmentation des charges et du coût du transport en containers. » « Les récoltes sont variables car nous dépendons de la saison des pluies, qui conditionne la culture des oliviers. Pour y remédier, il faut encourager et aider nos villages à creuser des puits », ajoute Basila Rimawi Barghouti, oléicultrice énergique assise à ses côtés qui arbore une tunique chamarrée. Les acolytes, par ailleurs engagés dans la vie publique, ont fait le choix d’une agriculture biologique. Souci éthique ou plan marketing ? « 98 % de ce qui est produit dans notre pays est organique, même si la certification est freinée par son coût. Utiliser des produits chimiques ne serait pas respectueux vis-à-vis de nos ancêtres, l’olivier représente un aspect majeur de la culture palestinienne, suivre cette voie, ce serait s’opposer à cette histoire et à ce symbole de paix », tranche Mahmoud. Un principe intangible aux yeux de Basila : « Dans ma coopérative, produire bio, c’est une manière de vivre, toute personne qui y déroge est écartée. C’est aussi une protection sanitaire contre les maladies, pour mes sept enfants et moi-même. » Filant la métaphore de l’arbre robuste et millénaire, Mahmoud souligne que « l’olivier traverse les époques ». La tradition voulant qu’on l’appelle « le présent, le passé et l’avenir ».

« Le système coopératif est un progrès social »

Pour l’heure, une trentaine de coopératives palestiniennes se sont regroupées, cherchant un salut et une autonomie du côté de l’économie sociale et solidaire. « Le système coopératif est un progrès social. Il favorise l’entraide et la mutualisation des besoins : on achète des produits et des machines qui servent collectivement au moment de la récolte, du pressage et de la conservation – plus efficace grâce aux citernes en Inox », relate Mahmoud qui se félicite, en outre, de « disposer d’une forme de banque propre qui, grâce aux cotisations des fermiers, permet de retirer de l’argent ou d’emprunter à des taux très faibles (environ 1 %) ». Un usage qui permet « d’envoyer son enfant à l’université ou de payer des soins ». L’apparition des coopératives a eu, semble-t-il, d’autres vertus. Pour Basila, cela s’est traduit par l’« accès à une formation globale et plus égalitaire : les femmes ont gagné en indépendance et en compétences. Avant, cette possibilité n’était réservée qu’à certains » ! Mahmoud estime, lui, que « le travail coopératif permet de produire une huile d’olive de meilleure qualité et de la vendre mieux ». L’amélioration de la situation économique des fermiers est mathématique : « Si je travaille seul, je peux espérer vendre quatre euros un kilo d’huile d’olive ; avec la coopérative, je vends ce même kilo cinq euros. Au final, c’est un gain de revenus de l’ordre de 15 à 20 % », reprend-il. Mahmoud et Basila font partie des 100 000 foyers arabes qui vivent de la culture de l’huile d’olive. Les exploitations, souvent familiales, assurent l’autosuffisance alimentaire du pays. Elles participent aujourd’hui, quoique cette promesse reste fragile, à la relance du commerce extérieur, atone. « Les bonnes années, nous produisons entre 25 et 30 tonnes d’huile par an. Ce secteur pèse entre 30 et 40 % dans l’économie du pays », évalue Mahmoud. Pour déjouer le blocus, ces coopératives peuvent compter sur le soutien de plusieurs organisations (quelques ONG dont Oxfam, la Scop Andines, AFPS, l’entreprise de négoce britannique Zaytoun…) qui favorisent l’aide à l’export des produits de cette partie du monde. Mais pointe une autre menace, passée sous silence médiatique : l’agression des oliviers de Palestine. Selon le bureau de la coordination des affaires humanitaires (Ocha), et sur la seule année 2013, 9 400 de ces arbres auraient été déracinés, brûlés ou empoisonnés à la suite de raids de colons israéliens, des centaines de fermiers palestiniens étant déjà coupés de leur terres par l’édification du mur en bordure de la Cisjordanie.

Avant de retourner à leurs champs et à leurs combats, les producteurs en transit veulent prendre de la hauteur. Les yeux écarquillés, ils trépignent à l’idée de gravir la tour Eiffel.

Nicolas Dutent

Article publié le 27 mai 2014 dans L’Humanité.

(1) Pour acheter l’huile : www.andines.com

Coûteuse « guerre des oliviers ». Selon un rapport gouvernemental palestinien publié en 2011, le coût pour l’économie palestinienne 
de la destruction d’arbres par les autorités israéliennes ou par les colons s’élève à 138 millions de dollars (103 millions d’euros) par an.

Publicités

À propos de @NDutent

Journaliste à l'Humanité les pieds sur terre la tête dans les étoiles. Critique aux Lettres Françaises. Conseiller La Grande Table sur France Culture. J'aime les chats, les nems, les sons, les idées, les mots, les images.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :