Pour Miles Davis

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Ecrivains, artistes, admirateurs… s’adressent dans un livre mélodieux et collectif à l’étoile jazz.

Toutes les lettres ne rencontrent pas leur destinataire. Faudrait-il, pour autant, se taire ? C’est de ce refus, baigné d’admiration, que se nourrissent les Lettres à Miles, correspondance imaginaire publiée dans la collection «Jazz impressions» et rassemblée par le fou du genre, Franck Médioni. Celui qui passa sa vie à traquer la note bleue et à habiter le silence, « la véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu’encadrer ce silence » disait le génie noir, est abordé de front comme de biais.

A l’évocation de son nom, de sa trompette magique, de son jeu si « massif, si tangible, qu’il semblerait que la lumière s’y love et ne veuille s’en extraire », c’est un « sentiment saisissant d’immensité » qui gagne le poète Zéno Bianu, qui se demande : « Dis-moi, Miles, quel est ton secret ? — Je ne croirai jamais à la mort ». L’écrivaine Pia Petersen a croisé, elle, le mort si présent dans ses rêves : « Tu étais appuyé à la rambarde de la Place Louis Aragon, tu sais, sur la pointe de l’Ile Saint-Louis. C’est un endroit si romantique et je t’imaginais avec Juliette, à parler, à rire mais il n’y a avait personne, à part toi. Pas de vie, pas de bruit, rien que le silence et Paris ».

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Lettres à Miles, 71 pages, 18 euros, Alter Ego Editions.

Tandis que le journaliste et producteur Franck Médioni vante un son en perpétuelle révolution, « un son clair, droit, sans vibrato. Epaisseur du noir. Lumière bleue sur fond noir. Cette lumière bleue est l’autre nom de la mélancolie », le réalisateur Frank Cassenti l’imprime dans un vécu personnel où une vérité a surgi de l’accident et des sens : « En 1982, au Châtelet, à Paris, en plein concert, la panne électrique ! Sur la scène plongée dans la pénombre, ta trompette, équipée d’une liaison HF, s’éteint. Il y a dans la salle un moment de stupeur, puis du silence émerge soudain un autre Miles que j’entends pour la première fois. Tu joues seul et improvises avec l’acoustique naturelle. Mino Cinelu, aux percussions, t’accompagne. Tes phrases, libérées de la sonorisation électrique, chargées de leur poids de désir, se répandent avec dans la salle et les larmes suivent. C’est le ravissement de l’inédit. Un moment de grâce. »

En s’adressant à Miles, le critique René de Ceccatty suit des traces, croise des ombres à la manière de Dante et Virgile au fil de leur périple. Ni mortes, ni vivantes, avec ces ombres, « c’étaient Florence, Sienne, Rome, les paysages de Lombardie, d’Ombrie, de Toscane, les rivières, les plages, les montagnes qui resurgissaient, les guerres, les insultes, les passions, les désirs qui s’inscrivaient dans les mémoires. Elles apparaissent et derrière elles un monde. C’est ce qui se passe avec vous. »

Nicolas Dutent

Chronique publiée le jeudi 22 décembre dans L’Humanité.

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À propos de @NDutent

Journaliste culture & savoirs. Je mange des livres pour l'Huma,, branché sur France culture, ex La Grande Table. Critique aux Lettres françaises et ailleurs. Spécialisations : sciences humaines, littérature, arts, religion.

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